L’expatriation professionnelle

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Vivre et travailler en dehors de son cadre naturel, répond à de multiples besoins, et correspond depuis une longue période à une réalité intrinsèque au monde du travail. Le recours à une expérience, une main d’œuvre ou à une ex- pertise rare, une technicité ne suffisent plus à justifier le choix d’un individu à évoluer dans un milieu étranger. Pour cette fois, notre incursion s’intéresse aux contours de ce sujet qui concerne tout de même plus de 214 millions de personnes à travers le monde : l’expatriation.

Comprendre l’expatriation
Quitter volontairement sa patrie, trouver une nouvelle terre, un travail ou des conditions de vie et d’emploi plus favorable, revêt une importance qu’il faut bien cer- ner.
Le marché planétaire s’est étendu au delà des biens et des matières premières. Il concerne bel et bien le mar- ché de l’emploi. Ainsi à l’image des « business schools
» asiatiques recrutent en Europe, les grandes écoles sénégalaises, marocaines, tunisiennes, recrutent aussi en Afrique de l’Ouest, les employeurs recrutent des compétences d’origines diverses.
Les choix de commencer ou de continuer sa carrière dans un milieu différent, donc de s’expatrier ne date pas d’aujourd’hui. Bien que nous ne soyons plus à l’époque des grandes guerres exploratoires ou des missions religieuses de colonisation, les hommes se déplacent constamment pour apprécier la verdure de l’herbe ailleurs.
Les grandes entreprises de nos jours, font appel àdes spécimens de« global manager », de talentueuses personnes nomades et chevronnées pour la conduite des affaires. Toutefois, toute catégorie socioprofessionnelle peut s’expatrier : artisans, techniciens, ingénieurs, ouvriers.
-Les motivations
Le rêve américain à l’origine du départ de millions d’eu- ropéens qui ont construit les Etats-Unis que nous ad- mirons s’est depuis muté en rêve planétaire. A l’origine des migrations, figure toujours la recherche du mieux- être, c’est à dire meilleures conditions de vie, meilleurs débouchés, meilleure rémunération, meilleurespers- pectives d’évolution, meilleur environnement social. Cependant, il convient de mettre la différence entre une migration économique et l’expatriation profession- nelle proprement dite. L’expatrié professionnel est re- connu   comme   l’homme   envoyé   ou   non   par   un employeur dans un pays étranger pour y exercer un emploi ou une mission spécifique dans la durée, ou en- core il est l’homme qui décide de son propre initiative d’exercer sa profession à l’étranger.

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Aujourd’hui, tous les cadres s’expatrient, ou tendent à avoir une dimension internationale. L’international est un passage presque obligé pour un cadre ambitieux, mais les directions n’envoient souvent à l’étranger que ceux qui y ont déjà fait leurs preuves.
L’expatriation promet une expérience riche et béné- fique, un enjeu de découverte et d’intégration de la terre d’accueil, mais suppose aussi la valorisation d’atouts : la maîtrise linguistique et une expérience dans un autre pays. Le Corps de la Paix, institution américaine s’illustre parfaitement dans cette intégra- tion en favorisant des missions à de milliers d’améri- cains, qui arrivent à maitriser les dialectes locales dans nos contrées rurales.

-Les avantages
Le travail des cadres est devenu aussi mobile que le capital, en permettant des évolutions spectaculaires, en témoigne les conditions de vie et de travail des PdG de multinationales ou d’institutions bancaires régio- naux en Afrique.
En somme l’expatriation est très enrichissante sur les plans personnel et professionnel avec des avantages personnels (logement, véhicule de fonction,) profes- sionnels (poste de responsabilité, avancement, forma-

tion, performance), familiaux (prises en charge, expé- rience à l’étranger, culture).
Quand un jeune diplômé veut lancer sa carrière à l’étranger, le contrat de Volontariat International en En- treprise est une formule alléchante, car c’est le parfait tremplin pour un plan de carrière où l’on peut passer des années à l’étranger. Aujourd’hui, le VIE, est un pré- cieux sésame pour les jeunes qui rêvent à la fois de grands horizons, de remise à niveau et de réussite pro- fessionnelle. Mais les candidats sont très nombreux et les places sont chères. Plus de 75 % des volontaires se verraient proposer une embauche à l’issue de leur contrat.
Faut-il encore préciser que le contrat VIE ne corres- pond pas à nos réalités ouest-africaines. Au contraire, nos pays sont des terres d’accueil pour les expatriés occidentaux. Néanmoins de jeunes diplômés de pays d’Afrique obtiennent des contrats à la fin de leurs cur- sus. C’est le cas de nombreux cadres d’Afrique Cen- trale, qui se révèlent de bons cadres en Afrique de l’Ouest sans que ce ne soit un contrat d’expatriation. Une expatriation est aussi une grande chance pour les couplesdont les enfants peuvent devenir bilingues et découvrir autre chose que leur terre d’origine.
Sur le plan global, les marchés émergents ont la côte
: Chine, Inde, Brésil constituent un grand grenier de

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débouchés. des cadres expatriés, soit des managers très expérimentés, étrangers ou nationaux (débauchés ailleurs) y trouvent leur compte.

-Le revers de la médaille
Si l’enrichissement et l’épanouissement personnel peu- vent passer par la confrontation avec une autre culture, nombreuses sont les contraintes liées à cette aventure. On y retrouve des difficultés d’adaptation ou d’intégra- tion, des contrats mal cadrés, un écart entre la mission proposée initialement et la réalité une fois sur place, la perte de repères, le mal de l’éloignement familial ou amical… Autant de facteurs susceptibles de transfor- mer cette aventure, au départ mémorable, en cauche- mar pour l’expatrié et surtout pour sa famille.
L’expatriation amène toutefois avec elle plus de réa- lisme et parfois même quelques désillusions : difficul- tés de vie de couple, l’épineux problème du retour au pays et la réadaptation professionnelle.
En outre, l’expatriation accompagnant souvent l’indus- trie, le capitalisme, et constituant un pur gain pour la patrie adoptive, nulle perte n’est plus fâcheuse pour la patrie abandonnée.
d’autre part, la fuite de compétences nuit énormément à  l’Afrique,  en  l’occurrence  pour  des  secteurs  en

manque de soutien : sportifs, scientifiques, ingénieurs etc. excellent dans leur pays d’accueil.

de plus en plus, les grandes entreprises réduisent leurs recrutements à l’international. Pour répondre à la crise, elles recrutent quasi exclusivement des cadres locaux pour leurs activités à l’étranger, afin de s’épar- gner les coûts d’expatriation, quitte à multiplier les avantages de toutes natures.

Le modèle de l’expert reconnu ou du jeune cadre à haut potentiel passant d’un pays à un autre, d’une cul- ture à une autre, avec aisance et sans état d’âme, ten- drait à disparaitre. Mais le véritable enjeu business pour les entreprises qui cherchent à diffuser une cul- ture internationale au sein d’un groupe demeure
La mobilité et l’accroissement des compétences des salariés, induit par l’internationalisation des sociétés, imposent à ces cadres la nécessité de collaborer dans un espace de travail étendu à l’échelle mondiale, ce qui s’oppose à un projet dedéveloppement d’un entre- preneuriat local et personnel. En somme, s’expatrier n’est pas toujours compatible avec le rêve de devenir son propre employeur chez soi.

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Bien réussir son expatriation professionnelle
Sortir des sentiers battus augmente les chances de dé- crocher un engagement à l’international, et s’expatrier peut permettre d’accéder à des responsabilités plus im- portantes que dans son pays d’origine.
Avant de prendre une telle décision, il est très impor- tant de s’interroger sur ses motivations et d’envisager les conséquences pour soi et son entourage profes- sionnel, mais aussi familial et amical à moyen et à long terme.

Comme le dit si bien Racine «qui veut aller loin mé- nage sa monture », pour s’expatrier, il faut se préparer.

Se préparer d’abord soi-même : maîtrise de la langue, connaissance du milieu ambiant, limitation des coûts d’expatriation et conditions d’obtention de certains visas de travail,Le mode de détermination du salaire, plan de carrière.

Préparer ensuite l’environnement de destination : conditions de vie et de confort, facilités de communi- cation, les démarches administratives (qui prennent parfois des dimensions disproportionnées), protection

sociale, assurances,situation professionnelle du conjoint, les frais d’inscription dans les écoles le cas échéant.

Une fois sur place, savoir entretenir son réseau et le tenir informé de ses évolutions professionnelles est aussi une règle d’or fondamentale.

Notons que bon nombre de cadres et de dirigeants africains ont connu l’expatriation, mais ont su revenir et se mettre au service de la nation. Toutefois le contexte des années 2000 est différent des années 70. S’il faut partir pour mieux revenir (à condition de reve- nir) il faut que les conditions soient réunies. Le retour au bercail est un sujet cher et un dilemme à la diaspora africaine.
Mais l’expatriation reste une opportunité unique d’évo- lution professionnelle, en témoigne l’expatriation de plus en plus remarquée d’asiatiques et d’occidentaux en Afrique.
des observateurs avancent avec certitude que l’Afrique est la terre d’avenir des nouveaux marchés, des meil- leurs débouchés, des taux de croissance à deux chif- fres. EdUMAG est donc bien situé au meilleur endroit pour évoluer.

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