‘‘Le retour d’expatriation’’

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EDUMAG continue son chemin, avec comme destination cette fois le bercail : le retour chez soi, après une période de formation, ou d’exercice professionnel à l’étranger. comment s’opère cette mu- tation, comment le vit-on, et dans quel contexte ? Pour savoir, lisez notre essai d’un ‘‘cahier d’un retour au pays natal » dans ce qui suit’’.

Comprendre le retour
Bien entendu, nous avions analysé l’expatriation dans notre nu- méro précédent. Logiquement, nous poursuivons avec le retour d’expatriation qui demeure un grand sujet d’actualité. Il ne passe pas un jour sans qu’un un étudiant ou un professionnel africain ne songe à revenir s’installer en Afrique, continent de tous les espoirs, et nouveau El dorado pour certains intérêts. Lors des périodes de vacances, la chaleur de la famille, les sou- venirs, la nostalgie, l’engouement, l’espoir sont des ressentis fréquents. L’expatriation n’est pas un sujet nouveau. déjà dans les années 60 et 70, les premières élites africaines ont connu l’expatriation. Ensuite il y a eu des «rapatriements professionnels » massifs, à l’époque où le chômage était rare, car les états africains avaient des demandes de ressources.  Au fil du temps, elle s’est accentuée jusqu’à devenir presqu’un réflexe pour les nouvelles générations. de nos jours, l’envoi des employés à l’extérieur afin d’accomplir une mission professionnelle ou pour l’acquisition des compé- tences fait réfléchir sur la tentation de l’aventure. Nous remar- quons fréquemment ces cas avec certains sportifs africains. Au même moment d’autres vivant à l’étranger songent au retour à la terre d’origine.
Mais le dilemme est grand et complexe. Revenir quand ? Où ? Et surtout que devenir ?
La problématique du retour au bercail.
Le jour marquant du départ, des adieux, et des grands démé- nagements sont mémorables. dans le cadre du retour d’expa- triation, c’est plus marquant, car au départ, la décision n’est pas aisée.Bien que les africains ont la chance de retourner chez eux presque sans formalité, ce qui attend de l’autre côté, on l’ap- préhende moins.
La majorité évoque leur vie en Europe comme une expérience éprouvante, pour ne pas dire douloureuse, perçue dans la plu- part des cas comme un calvaire en termes d’intégration au sein de la société. Un échec et une frustration qui suscitent bien sou- vent le désir d’un nouveau départ. Mais n’est-on pas mieux que chez soi ?
Nombreux diront qu’en Afrique, sans métro, sans grande en- seigne, sans un salaire semblable à celui de l’occident, l’on ne s’en sortirait guère. Pour d’autres, il s’agit d’interrogations : qui accueille, qui héberge ? Qui revoir ? Que faire ? Qui reconnaitra la valeur de nos diplômes ?
Il semble que plus l’étudiant expatrié est conscient de ses pro- pres développements personnels, plus il est facile pour lui d’identifier les façons dont cet échange culturel l’a amélioré, ainsi que les manières dont ces effets continueront à lui servir dans ses choix futurs (éducatifs, professionnels, sociaux, pro- jets. Si on encourage l’étudiant à réfléchir à ses attentes réa- listes quant à son retour programmé, il sera mieux préparé pour faire face aux difficultés qu’il peut rencontrer, développer une stratégie de retour, et l’accomplir lors de ces prochains choix futurs. Mais le professionnel évolue en fonction d’autres para- mètres car le marché de l’emploi est plus instable que le cursus estudiantin.
Même si le retour au pays est considéré comme nécessaire, il faut dans tous les cas bien évaluer les risques. Quand on re- vient d’expatriation, il y a tout un travail à faire sur soi-même sur la valorisation de ce qu’il s’est passé là-bas, pour rebondir professionnellement.
Cette réadaptation à un nouvel environnement professionnel est rendue plus complexe encore par les changements permanents du contexte économique et social dans lequel ils doivent trouver leur place.
L’environnement
Le moins qu’on puisse reconnaitre, est la différence d’environnement entre la terre d’origine, et l’environnement de l’expatriation. Tout est beau, chaleureux, les retrouvailles, la famille, le retour aux sources, sauf que le décor a bien changé, inévitablement. L’installation figure parmi les premières préoccupations. La réin- sertion sociale de tous les membres de la famille y compris les enfants et l’époux/l’épouse est une difficulté non négligeable, y compris avec des enfants nés à l’étranger (la réinsertion des en- fants dans le système scolaire) le cas échéant. Ces derniers doi- vent s’habituer à un environnement scolaire totalement nouveau et, parfois, à un climat différent. Contrairement aux immigrants ou aux réfugiées des générations passées, forcés d’émigrer par des contraintes politiques, reli- gieuses, et économiques, la nouvelle diaspora d’étudiants et de professionnels expatriés, est plus soucieuse d’une activité géné- ratrice de revenue ou d’un emploi bien rémunéré, ce que l’envi- ronnement peine à leur offrir. La gestion de la carrière professionnelle l’est tout autant eu égard au décalage que l’expatriation engendre par rapport aux mé- thodes de travail en occident, le choc des cultures est fréquent. Une expatriation professionnelle temporaire est–elle synonyme de conditions d’emploi plus favorables lors du retour ?
Ce qu’il faut savoirL’émigration favorise l’accès à des premiers salaires et à une première position professionnelle plus élevés a priori, sauf que tout dépend du contexte. Les jeunes ayant eu une expérience professionnelle à l’étranger sont nettement plus diplômés. Il n’est pas étonnant qu’ils accèdent plus facilement à des emplois plus qualifiés et bien rémunérés.

Al’étranger la probabilité d’obtention du premier emploi est forte, et la chance d’avoir un emploi de cadre dès l’embauche est forte.Être présent sur le marché du travail national en ayant eu une première expérience professionnelle à l’étranger est un phéno- mène exceptionnel, mais bénéfique pour les jeunes diplômés, dont ceux issus de filières scientifiques sont plus enclins à tenter leur chance à l’étranger.
Il faut aussi retenir qu’une expérience à l’étranger affecte l’étu- diant lors de son rapatriement dans sa société d’origine après avoir vécu et étudié à l’étranger pour un séjour de courte durée. La recherche d’un environnement plus évolué pousse à s’expa- trier, au prix de grands frais. Les étudiants africains qui poursui- vaient leurs études hors de leur pays d’origine restaient dans ces pays et constituaient sa main-d’œuvre pour des raisons écono- miques, des fois pour devenir un poumon pour la famille, une fois qu’ils ont pu rembourser les dettes contractées à leur départ. Par conséquent, la mondialisation de l’éducation et le nombre d’étudiants qui choisissent d’effectuer la totalité ou une partie de leurs études supérieures à l’étranger sont en croissance et le nombre de candidats au retour n’évolue pas.L’évolution de la politique d’une ANPE (Agence Nationale Pour l’Emploi) est louable. En faire un creuset d’opportunité pour le retour ne serait-il pas louable ?

Des opportunités à créer
Le paradoxe est réel, et c’est aisé de voir que le taux de recrutement de main d’œuvre étrangère au service du développement de nos pays est croissant. Pendant ce temps, les nationaux qui osent revenir peinent à trouver de l’emploi.
Pourtant, avec Lavoisier nous pouvons croire que « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». En effet, les secteurs comme l’agro-alimentaire, l’éducation, les TIC, le génie civil (pour ne citer que ceux-là) ont besoin d’expertises de professionnels qui ne songent pas au retour. L’on devrait très vite développer des politiques en ce sens, avant que la «chine», qui est aux portes de nos mines, ne passe à nos champs.
La grande contrainte du retour est «comment s’en sortir, où, quand, avec quel structure ?». «on ne connaît pas les marchés porteurs, on ne travaille pas de la même manière. comment vou- lez-vous qu’on arrive à créer une entreprise ou à trouver du tra- vail ?» Or les états comprennent l’utilité d’associer désormais la diaspora aux politiques de développement. Nombreux sont ceux appelés à utiliser au maximum les opportunités offertes par le monde occidental, pour en créer de nouvelles au bercail.
L’entreprenariat est aussi encouragé, avec l’allègement des for- malités de création, quoique le financement soit parfois un obs- tacle. Pour peu qu’on y croit, si des individus ont pu évoluer localement presque à partir de zéro, les candidats au retour pour- ront avec leur bagage s’en sortir. Il faut relativiser, car il n’y pas assez de place si tout le monde veut devenir cadre d’une banque ou consultant.
L’autre voie peu explorée demeure l’enseignement. Lorsque dans nos facultés, certains cours font appel à des missions de professeurs étrangers, on se demande s’il n’y a pas dans la dias- pora des nationaux soucieux de partager leurs expériences.
Il y a assez de demande pour instaurer des masters class chaque période de vacances avec les ressources humaines de l’étranger. Cela aurait l’air d’une école de la diaspora, qui éva- luerait les attentes du milieu en vue d’étudier les contributions à y apporter dans l’avenir, dans un partenariat gagnant-gagnant. Il ne faut pas non plus négliger les exemples de fiertés nationales. Nous pouvons citer le cas de Cheick Modibo diarra, qui a laissé sa blouse d’astrophysicien pour venir au secours du Mali.
Puisque qu’il faut nouer la nouvelle corde au bout de l’ancienne, des programmes de mobilité régionale pour les étudiants afri- cains pourront être envisagées afin de partager des expériences, et réduire la fuite des cerveaux.
Le taux d’immigration à travers le monde continue à grimper, et le progrès des transports et des infrastructures de télécommuni- cations (y compris la popularité et capacité de l’Internet) aug- mente la connectivité humaine et l’échange à travers le monde à une cadence accélérée. En tant que diplômés, les étudiants africains expatriés auront besoin d’une grande connaissance in- ternationale et de compétences interculturelles au sein de ces nouvelles réalités dans ce marché mondial, à adapter au local. La nouvelle diaspora représentera une élite privilégiée pour qui un séjour éducatif international joue un rôle central dans la fabri- cation de son identité, sa formation, et son avenir. À leur retour, après avoir réfléchi à leur séjour à l’étranger, aux expériences vécues, et aux connaissances acquises, les membres de cette diaspora ponctuelle sont capables de construire une image dif- férente de leur nation d’appartenance et de ses liens avec le monde extérieur. Leur expérience transnationale les a préparés à considérer le monde comme étant dynamique et multiculturel. En d’autres termes, ils composent une nouvelle génération mon- diale éduquée.
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