Le chômage des jeunes, malédiction ou défi d’aujourd’hui?

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Nous sommes déjà en 2015, année butoir des Ob- jectifs du Millénaire pour le Développement. Au niveau de l’objectif concernant l’emploi des jeunes, on remarque que le nombre des opportunités de formation s’accroit en se diversifiant, et que la courbe d’évolution des débouchés a une  tendance différente. On observe que beaucoup de diplômés connaissent un phénomène de chômage « précoce». Signe des temps de crise économique, fléau ou défi de nos jours ? Pour quelle raison doit-on espérer une solution durable ?

Un phénomène complexe
Des difficultés liées à l’emploi des jeunes aux contextes socio-économiques de nos pays africains, l’étendue du problème est vaste. Depuis leur manifestation plus re- marquable dans les années 90, on peut noter un grand contraste avec la période précédente, celle dénommée d’état-providence où les postes attendaient juste la fin des cursus pour être confiés. L’inexistence àl’époque d’Agence Nationale  Pour l’Emploi est un exemple pal- pable. Des témoignages révèlent qu’on pouvait se faire embaucher avec simplement un baccalauréat de l’ensei- gnement technique.
Aujourd’hui le chômage des jeunes retient une grande attention. C’est d’ailleurs dans cette optique  que  le  Réseau  des  jeunes leaders d’Afrique et de la Diaspora des  Amériques  et  d’Europe  (RO- JALNU) s’est réuni en sommet en Janvier 2014 à Dakar au Sénégal. La crise de l’emploi sur le continent a    été    analysée    en    profondeur. L’Afrique,   continent   jeune,   avec plus de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans.
Selon le constat d’Alioune Guèye, président du ROJALNU : «Les mil- lions de jeunes chômeurs africains constituent une menace pour la sta- bilité du continent. Ainsi, le chô- mage des jeunes est-il devenu une bombe à retardement qu’il faut dés- amorcer».
«Quand un jeune ne travaille pas, il est à la charge de sa famille. Il a envie de fonder une famille mais ne peut pas le faire. Il devient un aigri social et peut tomber dans le grand banditisme ou le terrorisme», a-t-il conclu.
L’objectif fixé par les OMD stipule:
«Assurer le plein emploi et la possi- bilité pour chacun de trouver un tra- vail décent et productif, y compris les femmes et les jeunes ». Il met en évidence le rôle essentiel de l’emploi dans le processus de développement économique, grâce à l’autonomisa- tion des jeunes et l’accès aux finan- cements.
La star de la musique sénégalaise Baaba Maal, ambassadeur de bonne volonté des Nations Unies, partici- pant  au  sommet  a  souligné  :«  On met une très grande responsabilité sur les épaules du jeune Africain. J’ai écrit une chanson dans laquelle je dis que la réalité du jeune Afri- cain, que ça soit dans les grandes villes ou dans les petits villages, c’est de se lever le petit matin d’aller d’Est en Ouest, du Nord ou Sud et d’essayer de joindre les deux bouts(…) avoir quelque chose à amener à la maison en fin de journée, et si on ne le fait pas on n’est pas respecté chez soi. Cela crée une frustration chez certains jeunes qui veulent prendre le temps d’apprendre, aller à l’école, prendre le temps de gran- dir… » Dans  son  milieu  naturel,  sur  sa terre d’origine ou à l’étranger, le chô- mage sévit et s’affiche à des degrés divers, avec des données inquié- tantes.
Des chiffres à considérer
En Afrique, les chômeurs jeunes sont deux fois plus nombreux que les chômeurs adultes, selon un rap- port de l’UNFPA.
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Sur le continent, 70 % de la popula- tion a moins de 30 ans, un jeune sur
2 n’a pas d’emploi ou est sous-em- ployé, parmi le lot figurent de plus en plus de jeunes diplômés. Pour vivre, il faut faire le taxi-moto, le mécanicien ou traîner dans les rues pour vendre n’importe quoi pourvu qu’on vende quelque chose.
C’est alarmant d’autant plus que la situation démographique mondiale représente un défi énorme pour la communauté   internationale : en
effet, sur une population mondiale d’environ 7 milliards de personnes, les jeunes âgés entre 15 et 24 sont estimés à 1 milliard, soit le 1/5 de cette population. 87% de ces jeunes vivent dans les pays en développe- ment.
Plus de 200 millions de jeunes vi- vent avec moins de 1 dollar des États-Unis par jour, 160 millions souffrent de malnutrition, 130 mil- lions sont analphabètes, plus de 10 millions vivent avec le VIH/SIDA,
88 millions sont au chômage et les jeunes femmes se heurtent toujours à des obstacles dans de nombreux secteurs du développement : dispari- tés entre les sexes dans l’accès à l’éducation ; la discrimination en matière d’emploi et de rémunéra- tion, etc.
A cela, il faut encore ajouter des mil- lions de personnes qui ont complète- ment renoncé à chercher du travail. Au détour d’une conversation, d’an- ciens  camarades  font  la  revue  de l’évolution de leurs pairs souvent en ces termes : tel que devient-il ? Tel autre a-t-il pu trouver quelque chose
? On finit par se rendre compte de la stagnation de la situation. La jeu- nesse africaine, cette force que les autres continents peuvent envier n’est-elle pas un moteur de dévelop- pement?

La jeunesse africaine, une mine? La jeunesse, qui constitue une part importante de la population de l’Afrique (20,4 %, soit près de 198 millions de personnes âgées de 15 à
24 ans, et plus de 30 % de la tranche d’âge des 15 à 35 ans), est en géné- ral mieux connectée au reste du monde que n’importe quelle autre génération de jeunes auparavant dans la région.
L’accroissement, chez les jeunes hommes comme chez les jeunes femmes, des taux d’achèvement des études primaires et d’alphabétisatio- nainsi que du rapport filles/garçons dans  l’éducation  montre  que  les jeunes sont, en Afrique, mieux édu- qués que leurs parents. De plus, la diminution du taux de natalité chez les adolescents et les chiffres concer- nant la bonne connaissance géné- rale du VIH/SIDA prouvent les progrès accomplis pour tenter de ré- soudre les problèmes sanitaires. En résumé, les jeunes sont plus ins- truits qu’avant, et se portent mieux. Dans une perspective de développe- ment, il appartient à la jeunesse africaine et à la Diaspora de discu- ter véritablement des probléma- tiques et de proposer des solutions pour les 15 à 30 années à venir : ré- sorber le problème de l’emploi passe par là.
La réalité montre qu’en Afrique, le plus grand potentiel, c’est la terre. Il faut bien voir ce que nous avons comme ressources et les exploiter. Or, nous constatons que la jeunesse africaine a tendance à migrer vers les autres continents, laissant de côté le potentiel.
Un problème de complexe se pose chez les jeunes :

soit elle n’est pas assez consciente des préoccupations de développement de son environne- ment, soit ses préoccupations pas très bien prises en compte.
Il serait difficile d’apporter des ré- ponses efficaces au chômage des jeunes, sans une forte implication de ces derniers. La lutte contre le chô- mage des jeunes requiert l’accès à l’éducation, à la formation, aux fi- nancements et surtout à des actions concertées.
En outre, si la jeunesse est une op- portunité pour le continent, il n’en demeure pas moins que leur sous- emploi est une réelle menace pour la stabilité des pays africains.La jeu- nesse valorisée ne pourra qu’être utile à la société de demain. C’est d’ailleurs pourquoi elle doit être orientée sur les opportunités à venir
: l’auto-emploi, l’incubation de mini- entreprises etc, sans oublier sa maî- trise  des  innovations technologiques.
L’espoir technologique
Le continent africain devient la co- queluche de tous les investisseurs. Nouvel el dorado pour ses res- sources et sa capacité de consomma- tion, le continent s’illustre bien et confirme sa place dans le défi du millénaire qui est technologique.
Les filières en informatique recen- sent encore un grand nombre de jeunes, ce qui est à encourager, car l’Afrique bat des records en termes de pénétration des Tics et d’internet. La percée des smartphones est plus qu’illustratif. Ce qui ouvre de nou- velles opportunités d’emploi. D’abord assez de jeunes trouvent un débouché dans la vente et la répara- tion de terminaux mobiles, dans la vente de crédit de communication et plus récemment grâce au Mobile Money. La porte des Innovations et de la technologie s’ouvrent aussi sur le développement d’applications adaptées aux réalités africaines.
Un autre aspect réside dans la faci- litation des formalités : inscription en ligne à l’université, publications en lignes des créations d’entreprises.
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Autant l’horizon s’ouvre, de nou- veaux débouchés apparaissent : construction et exploitation de ports modernes, exploitation de lignes fer- roviaires, création d’opportunités en zone franche etc.
Le chemin est long, car il y a ma- tière à explorer les nouvelles niches ou créneaux porteurs d’emplois du- rables : initiatives privées, projets dans l’agrobusiness, les Tics, l’éner- gie renouvelable, l’utilisation de nouveaux médias sociaux, construc- tion de réseaux et de partage des bonnes pratiques sur la participa- tion de la jeunesse au processus de décision.
Il ne faut pas non plus négliger l’In- troduction d’un programme d’ensei- gnement de l’entreprenariat dans les systèmes d’éducation en Afrique (promouvoir l’auto-emploi à la base) et l’investissement    dans la re- cherche sur la jeunesse africaine : pouvoir planifier combien de vétéri- naires, jardiniers, chauffeurs dans quel zone, et à quelle période.  Mais tout ce qui est de la planification est d’abord du ressort des officiels.

La contrepartie institutionnelle La mise en œuvre de programmes visant à améliorer le taux de chô- mage inquiétant et persistant qui sévit en Afrique et ailleurs fait par- tie de l’agenda des gouvernements, et des institutions.
Négliger la politique de création d’emplois serait équivalent à négli- ger le développement. Si nos états connaissent des tendances du terro- risme extrémiste, de la piraterie ma- ritime, c’est la preuve qu’une partie de la population ne se retrouve pas au sein de la société. Les enrôle- ments sont facilités par l’oisiveté ou de personnes sans emploi.
Les recommandations consistent aussi à repenser et encourager les jeunes leaders africains, à contri- buer à l’émergence des économies nationales, et à relever le défi du dé- veloppement de leurs pays, par la mise en œuvre des politiques et stra- tégies de lutte contre le chômage et la promotion du développement du- rable.  Quel  politique  ne  voudrait pas compter sur la jeunesse, masse importante dans son électorat ? Certaines entités l’ont compris et dé- veloppent la culture du volontariat dans les institutions publiques ou privées qui ont besoin d’une citoyen- neté agissante et forte.

Le plus  grand défi est de bâtir des politiques de jeunesse ambitieuses qui incluent l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle, l’as- sistance aux jeunes pour obtenir des emplois  décents,  ainsi  que  l’accès aux   financements   adaptés   à   la connaissance de dernière génération pour devenir des innovateurs et en- trepreneurs intégrés dans un monde globalisé, en perpétuelle mutation. Retenons pour conclure ces articles de la charte de la jeunesse africaine de l’Union Africaine :

1.Tout jeune a droit à un emploi ré- munérateur ;

2.Tout jeune a droit à la protection contre l’exploitation économique et l’exercice de fonctions qui semblent dangereuses,  qui  affectent  les études du jeune ou susceptibles de nuire à sa santé ou à son épanouis- sement.

3.Les Etats Parties doivent veiller à ce que des bases de données précises soient disponibles sur l’emploi des jeunes pour que ces sujets puissent être reconnus comme étant priori- taires dans les programmes de déve- loppement national accompagnés par la mise en œuvre d’un pro- gramme clair de lutte contre le chô- mage.